L’importance de l’indépendance financière pour les organismes de plaidoyer

Par Jean-Sébastien Zavallone, coach et responsable de la centrale d’appels

Pour accroître son indépendance, jouir d’une liberté d’action et se protéger contre l’ingérence de l’intervention gouvernementale au sein de ses
programmes, il est devenu essentiel pour toute organisation à but non lucratif qui fait du plaidoyer social ou politique de développer des sources de revenu autonome des subventions gouvernementales.

Être financé en partie ou en totalité par des subventions gouvernementales rend les organismes vulnérables aux humeurs et aléas des administrations politiques qui se succèdent au niveau fédéral et provincial. Les organismes militants qui sont plus revendicateurs et dont une partie importante des activités est destinée au lobbying et au plaidoyer politique se retrouveraient dans des relations conflictuelles s’ils devaient critiquer les bailleurs de fonds qui les financent. Ce n’est jamais une bonne idée de mordre la main qui nous nourrit. L’organisme qui critique les gouvernements tout en étant financièrement indépendant peut continuer à le faire sans crainte de se faire retirer ses revenus essentiels à la poursuite de ses activités.

Un autre problème est que les subventions gouvernementales sont souvent assorties d’une série de critères contraignants qui encombrent l’atteinte des objectifs des l’organismes, puisqu’ils doivent se plier à des conditions qui les forcent à faire des compromis et portent atteinte à leur liberté d’action. Aussi, un organisme ne devrait jamais accepter de s’à-plat-ventrir et courir le risque de modérer ses positions sous crainte de perdre du
financement. Pire encore, si l’urgence de la situation requiert d’importants changements au niveau sociétal, comme par exemple la crise climatique,
l’octroi de soins médicaux d’urgence pour les réfugiés syriens ou encore la régression de la situation du français au Québec. Nous ne sommes jamais
complètement à l’abri d’un gouvernement qui retirerait son financement à un organisme qui milite pour une cause à laquelle le parti politique bailleur de fonds n’est pas favorable.

De plus, le financement socio-participatif revêt une légitimité démocratique primordiale pour tout organisme qui exige des changements politiques et qui veut se donner les moyens d’influencer les décisions prises par la classe politique. Derrière chaque personne qui choisit de soutenir une cause financièrement, il y en a des dizaines qui partagent les mêmes valeurs. Enfin, les organismes pour lesquels nous offrons nos services de collecte de fonds et de recrutement de membres sont tributaires de la confiance que le public leur donne, et c’est donc devant le peuple qu’ils seront en grande partie imputables, pas devant un gouvernement. La légitimité d’un organisme se retrouve donc rehaussée par son indépendance financière.

Alors n’attendons plus, et soyons solidaires des organismes de plaidoyer qui nous tiennent à cœur pour leur offrir leur indépendance!

Peinture: L’indépendance de Mme 523, par Jenny Doh

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